"Les quatre saisons de la vie d'artiste de Paul Clodel"  

"L'hivers glace mon coeur de sa froideur terrifiante, en attendant que le printemps m'apporte des jours meilleurs. L'été sera me réchauffer de sa chaleur au coeur de mon art à l'automne de ma vie". Paul Clodel Cochard 

Quatre saisons entrent dans la vie de l'artiste peintre Paul Clodel, des saisons qui se suivent mais ne se ressemblent pas aux chronologies d'une vie normale. Des passions naissent à chaque saison. Pourtant nous connaissons le peintre à sa saison d'été qui brille par le soleil de ses toiles et que nous aurons le temps de parcourir, sa vie et ses oeuvres, à travers des questionnaires. Nous serons par la suite à la saison d'automne où les dernières feuilles encore parsemées d'écritures poétiques tomberons pour nous sur des vers que seul l'Ode pourra nous dire son secret. Un hivers qui glace ses pensées philosophiques et c'est à lui, de nous d'écrire ses pensées. A la bonne saison du printemps, nous irons voir ses photos qui projettent un avenir artistique tout en s'inspirant de son quotidien à l'Île de la Réunion.

Paul Clodel

"Paul Clodel créait un mot: le traitïsme afin de rassembler toutes ses phases de créations en une seule famille, le trait". 

Paul Clodel en créant un mouvement artistique à la Réunion, qu'attendez-vous par le traitïsme ? De plus, dans quel but créez-vous le Blog intitulé "Le Traitïsme"? N'est-il pas un peu oser de faire soi-même ses propres articles, surtout que c'est, en général, la presse qui le fait !  Pourquoi utiliser vous tant d'énergies dans l'écriture et qu'attendez-vous de vos lecteurs sur votre blog ? Certes ce dernier a atteint plus de 18 000 personnes sur 15 mois et vous avez plus d'une centaine de messages qui sont partagés sur divers réseaux sociaux. Ces derniers vous ont permis d'exister, virtuellement certes, mais d'être omniprésent sur la toile ! Est-ce que les réseaux vous ont fait sortir de l'ombre de la peinture d'atelier ?

Tous ces questions seront posées à Paul Clodel, le créateur du mouvement Traitïste-Réunion et fondateur du mouvement Néo-Traitïste. Un défi de plus que l'équipe du traitïsme blog (sur CanalBlog) est en mesure de concrétiser. Un challenge de plus, pour un jeu de questions et de réponses auquel répondra tout simplement Paul Clodel Cochard le président de l'Ass.Paul Clodel.

 Qui est Paul Clodel ?

Paul Clodel

De son vrai nom Paul Clodel Cochard

Né le vingt avril 1967 au Tampon dans une île de l'Océan Indien (La Réunion) de père et mère réunionnais. En 1983 Paul Clodel entre en section de dessinateur en publicité au lycée de Saint-Pierre. En 1985, il eut un coup de pouce de son professeur de dessin d'art naïf, André Oudet, pour la réalisation de cinq de ses premières gouaches en l'édition de cartes postales. Il entame ensuite des études d'Arts Appliqués au lycée du Tampon (Roland Garros). Puis une formation de peintre en lettre et dessinateur mural au Lycée de Saint-Louis. En 1989, il expose pour la première fois à la galerie du syndicat d'initiative de Saint-Pierre, rue Archambaud, sous le pseudonyme de "Paul Clodel C.". Il expose des cases créoles, des scènes de vies et des paysages de La Réunion. Le succès de ses ventes de tableaux lui fit rejoindre le chemin des expositions. Il expose le plus souvent dans le Sud de l'île et signe par la suite "Paul Clodel" pour qu'il n'y ait aucun lien de parenté avec l'écrivain et poète "Claudel". En 1994, il fait une rencontre avec un écrivain réunionnais qui changea sa façon de peindre et créa le traitillisme. En 1995, il fit une expo qui attira la presse locale car l'exposition mettait en valeur sa nouvelle technique de peinture, le traitillisme. Par la suite Paul Clodel abrège le nom "traitillisme" en un nom plus court et plus moderne devenant le "traitïsme". Le mot "traitïsme" est un clin d'œil à l'art naïf, dont il ravit le "ï. En 1998 le traitïsme devient un mouvement réunionnais et compte aujourd'hui des adeptes (C. Bègue, N. Cochard) qui en font partis. En 2011, il s'oriente vers le néo-traitïsme (le trait devient une bande colorée de différentes couleurs et qui sont juxtaposées et courbées). Ayant trouvé son style et technique de peinture il signe désormais: Paul Clodel Cochard

Sa vie ses oeuvres ?

Tout d'abords cette première question : le choix d'un nom d'artiste, pourquoi avoir choisi de s'appeler « Paul Clodel » ?

 

 "Clodel (1) c'est mon deuxième prénom et ma mère l'a découvert sur une boite d'allumettes. Mon père s'appel Paul et il fallait trouver un prénom usuel à la maison, pour nous différencier l'un de l'autre. Le choix d'un nom d'artiste est simple, cela remonte depuis mes études de dessinateurs publicités et à la rencontre au CDI de l'auteur, bien sur en lecture, de Paul Claudel ( le dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, né le 6 août 1868 à Villeneuve-sur-Fère dans l'Aisne et mort le 23 février 1955 à Paris. Il fut membre de l'Académie française). Certes je ne vais pas me mesurer à ce grand écrivain, sauf que mes prénoms parlent ! Autrement dit j'avais en Paul Clodel C. une première signature d'artiste. Les journalistes m'ont baptisés « Paul Clodel », je n'ai fais que suivre le reste".

 

Votre première saison commence c'est l'été et nous allons faire la lumière sur votre vie d'artiste. Que représente pour vous cette saison? 

"L'été est le soleil qui entre et éclaire ma peinture".

Paul Clodel, racontez nous votre véritable passion et à quelle période est- elle apparue dans votre vie ?

Collège de Terrain Fleury en 1982 à 1983


"Je ne vous cache pas que ma passion est la peinture. Ma vraie passion qui se dessinait à l'époque du collège. J'aime le dessin et le monde de la couleur. En 1982, mon professeur d’art plastique, Madame Rocjoffre, m'enseignait l'art en quatrième et cela m'a séduit. D'autant que je la trouvais aussi belle qu’elle était passionnée par son art. J’avais hélas que deux heures hebdomadaires de cours et d’activités artistiques. Si on aime ce genre de cours (le dessin), pour moi c'était un peu juste, une heure de pratique. Je faisais parti de ces artistes en herbe, enfin je croyais, car c’était à la maison que je continuais à exercer cette belle passion. Je l'a pratiquais durant mes vacances de janvier 1983. Je m'entraînais à faire durer le plaisir de peindre et de dessiner. J’espérais dés la prochaine rentrée scolaire de se faire remarquer par ma prof de dessin, afin de poursuivre ma passion.

Un matin, je décidais de me consacrer à peindre une toile. Quand on baigne dans un milieu modeste on ne fait aucune différence entre une toile de lin et un papier blanc collé sur un calendrier. Le résultat de vouloir peindre comptait plus pour moi. J'étais encore un néophyte dans ce domaine artistique. J’avais aucune études et ni d’expérience dans ce monde d’artiste-peintre. J’utilisais quatre couleurs : du vert, du bleu, du rouge et du noir. Je me contentais des vieux tubes de gouaches que mes sœurs avaient entreposés sur un coin de leur bureau de contre-plaqué. Je voulais représenter un port avec des barques noires sur une mer bleutée. Je rajoutais du vert aux montagnes et j’étais si fier de ma journée. J’avais peins un monde qui me ressembler avec cette pointe de naïveté. Mais je me dis qu’à l’âge de quatorze ans on ne maîtrise encore rien dans le domaine artistique. J’aimais faire du beau avec du laid, c’était du moins ce que je pensais. Je ramassais mes croquis et je bossais plus mon dessin. Je dessinais tous ce que je voyais et j’aimais peindre des objets. J’aime tous les choses qui touchent à mon patrimoine réunionnais; d'ailleurs j’apporte beaucoup d’attention à cette culture réunionnaise. Le passé contribue pour moi un savoir et me permet de mieux me positionner dans le monde réel d'aujourd’hui ! "  

 

On imagine que votre philosophie est de peindre et que c'est, chez vous, une conception artistique et peut-être même devenir votre vraie passion. Pouvez-vous nous raconter votre cursus scolaire après la troisième ?

 "J’ai donc pris l’engagement après obtention de mon brevet des collèges de suivre une formation en deux années, en cycle cours, en dessinateur publicitaire. Je devais pour cela quitter ma ville natale, le Tampon, pour celle de Saint-Pierre. Cette préparation aboutie à un certificat d’aptitude après la troisième de dessinateur en session publicitaire. Je devais m'appliquer dans les vacances d’août 1983 à dessiner et de peindre tout ce que je voyais, si je voulais être à la hauteur de cette session. Je ne savais pas mais pour moi, ma voie se situait dans ce domaine. Je ne voyais aucun avenir sans l'art.     

Étant un voyageur dans ma tête d'artiste, je m'imagine en écoutant la voie de l'art, avec un grand 'A' de vivre et de partager sa digne passion".

 
 L’école de dessinateur publicitaire, 1983 à 1986


La classe de dessinateur en publicité de gauche en haut vers la droite: Cécile,Sophie, Sully, Didier,Françoise, Gladys, Paul Clodel et Cyril. 

En bas de gauche à droite: Mariotte, Cécile M., Sylvianne, et Nathalie.  

"Notre professeur principal, André Oudet, cassait sa craie en deux, afin de tout écrire les noms de ses confrères au tableau. Nous apprenions sa composition mais aussi la quinzaine d’élèves que composait cette nouvelle section publicitaire à la Réunion, au Lycée professionnel de Saint-Pierre. Aussi, nous devions nous compléter avec la section de dessinateur mécanique pour pouvoir suivre les cours d'enseignements généraux.  Mr André Oudet nous accueillait dans une classe flambant neuve où le parquet était encore brillant. Une main droite sur un tableau qui écrivait son nom et l’autre qui caressait l’épineuse barbe noire. Il jugeait par la peinture et le dessin. Je voyais en lui la vision d’un grand maître de l'art et si j'en juge par sa barbe. Avec un timbre de voix qui nous rappel au silence, il pratiquait l’appel pour mètre un nom sur nos visages. Ce fut pour moi cette occasion de connaître le patronyme de mes nouveaux amis artistes. La liste n’était pas longue, quant il s’agissait d’une quinzaine d’élèves. J’avais choisi ma place en fonction d’un ancien camarade de collège, André Baret, ce dernier avait fait comme moi le choix de cette nouvelle section publicitaire. D'ailleurs l'unique puisqu'elle n'existait depuis un an. Nous étions, la seconde session de dessinateur et la première était des élèves déjà plus décontractés que nous étions nous paraissons à cette époque."

 

Souvenez-vous de vos enseignants, qui étaient -ils ? 

André Oudet

" André Oudet, Alfredo Decampos, Sonny Rolin et Gérard Piednoir étaient nos professeurs d'enseignement du dessin et peinture.

<Oeuvres d'André Oudet (1942-1999), peintre comtois.

André Oudet nous promettais de passer une année en sa compagnie, sa dernière, rajouta t-il avec une pointe de regret dans la voix. Il nous disait qu’il rentrerait chez lui l’année prochaine, en France, dans sa Jura. Il nous étalait en quelques mots sa palette de bon professeur. Tout semblait pour moi d'être une bonne cuisine auquel mijoté de belles choses. Son amour pour l’Art naïf s’agrandissait à chaque parole qu'il citait. Il était de celui à qui la peinture avait pris possession de l'âme. La démarche artistique d’André Oudet était l’Art naïf stylisé à l’art de  la décoration, il avait selon lui pris des années pour l’affirmer. Oudet jurait par un style de peinture naïve et se mélangeant à la décoration, certes, mais d'après une de ses photos, qu'il nous montrait fièrement, nous découvrions une vague d’idées cubismes. J'entends par là qu'il n'était pas un cubiste comme le style cubique de  Pablo Picasso mais par la découpe et le croisement de ses couleurs. En effet ses lignes de couleurs épousent une large partie du tableau. Les lignes imbriques la forme de sa voisine et changes la couleur initiale de la nature. Autrement dit, il y a présence de courbes de lumière qui donne un style à part dans ses œuvres. Il nous restait à prendre de la graine par la suite à en devenir un peintre. Ce fut ce mot peintre qui m’intéressait le plus dans cette session artistique. André Oudet, nous rassurait qu’il aura un enseignement très lent et très dur, afin de nous initier à l'art en général. C'était un peu surprenant d'entendre cet argument, venant là d'un peintre et non d'un professeur de dessinateur publicitaire. Nous devons par la suite de notre carrière épouser le domaine de la publicité. J’avais une crainte que cette section étant nouvelle ne déboucherait sur un emploi en outre sur le Sud de l’île. Les grandes sociétés auxquels nous pouvions travailler par la suite se trouve à Saint-Denis le chef-lieu. Je me rassurais par l’évidence que la Réunion étant petite je pourrai me déplacer. Mais ce problème allait m'intéresser seulement dans une duré de deux ans, je n’allais pas me décourager de si peu. Il est vrai que notre but s’est de travailler un jour ou l’autre pour continuer à vivre. L’important c’était de me former, le reste n’était que littérature.

     De jour en jour nous découvrions les autres professeurs des matières générales à ceux des matières artistiques. Alfredo Décampos était des leurs. Il était notre second professeur de dessin. Ce dernier est originaire du Portugal, il avait suivi ses cours de beaux arts en métropole. Nous étions ainsi ses premiers élèves dans l’enseignement publique. Nous devions passer en sa compagnie plus de quinze heures de cours de dessin hebdomadaire. Decampos continuait et prolongeait, avec nous, ses études de Beaux Arts et cela ne nous dérangeaient pas du tout car le plaisir était si bien partagé. D'autant plus que ce fut là un réel enrichissement personnel. Il avait aussi le privilège de nous inculquer la leçon de l’Histoire de l’Art. Sans Alfredo Décampos nous n’avions pas eu la connaissance de ce qui était l’Art Gothique. Selon lui nous apprenions que le gothique marque le début d’une néo période de l’histoire de l’art. Le gothique était la césure entre le Moyen-âge et la Renaissance. Elle était les débuts de la peinture profane. Si ici il avait voulu faire part à l’idée d’opposé à la religion, le mot profane pour moi voulait dire ignorant. Je découvrais un nouveau monde et un enrichissement artistique à la fois.A travers son enseignement pour l’Histoire de l’Art, Decampos nous faisait tout doucement entré dans l’histoire des peintres comme Giotto, de Duccio, de Simone Martini ou de Fra Angélico, tous avaient un de ces points communs, maîtres de Florence et de Sienne. En l’espace de deux petites heures par semaine nous remontions le temps pour nous retrouver en 1300 ans vers les portes de l’art du XIVème et XVème siècles. Dans sa démarche de nous initiés à ses connaissances nous compatissons à son bonheur de nous informé. Il exaltait avec une certaine émotion un enseignement de haute qualité, pour lequel la publicité enviée. Nous voulions savoir plus et il nous parle de la Pré renaissance, la peinture européenne au XVème siècle de Masaccio à Jérôme Bosch. Il nous expliquait l’importance durant cette période dite « la Pré renaissance », pour la première fois dans l’histoire de l’art occidental, la peinture prend une importance prédominante, si on compare les autres styles de peintures. Le tableau ne se contente plus d’être admiré par le spectateur. Elle s’enrichies par des lignes de perspectives et des proportions. Aux quels s'ajouteront la conception du portrait qui porterons les ressemblances de l’individu. La plus grande innovation de cette époque restera les paysages. Ceci avait valu à la peinture de chevalet hollandaise un grand épanouissement périodique. Les frères Van Eyck, Rogier van der Weyden et Hugo van der Goes l’avaient tous bénéficié. Le peintre Jérôme Bosch inventait le monde du fantastique.

       Les semaines filaient à vives allures et nous nous apprenions à nous connaître les uns et les autres. Decampos nous enseignait le dessin à vue. Nous nous dispersions autour d’un champ visuel et sur notre chevalet, un papier dessin, auquel nous retracions l’objet. Nous essayions de respecter au mieu l’échelle en le dessinant. Pour ce fait, il nous conseillait d’utiliser le crayon noir HB. Nous devions portés le crayon en le présentant d’une manière verticale pour mesurer la distance. Je clignais légèrement l’œil droit et à l’aide de mes doigts je marquais la distance entre les objets. Ces derniers étaient le plus souvent des vieux pots de peintures ou des drapés. Compte tenu de la difficulté retrouvée dans le drapé, je doublais de vigilance par la suite à venir dans le dessin. Decampos nous disait, avec une certaine répétition dans la voix, qu’il fallait penser toujours aux dessins à vue. Il est la clé d’une réussite si nous devenons des dessinateurs. J’apprenais à dessiner d’heure en heure et de jour en jour.
      Nous avions un troisième professeur d’art technique, Gérard Piednoir*. Ce dernier quittait chaque samedi sa ville de Saint-Denis, située au nord de l’île pour nous enseigner le graphisme et le concept publicitaire. Piednoir nous confessait un monde très technique que seul les imprimeurs et les professionnels avaient la connaissance. Il nous apprenait les premiers caractères typographiques que Gutenberg avait le secret de l'imprimerie. C’était le seul qui nous éloignait de notre passion pour l’art et portant le seul qui était logique avec notre futur métier de dessinateur publicitaire. Nous étions venus pour apprendre à dessiner et à peindre, la technicité nous importait peu, certes, il fallait la connaître, un point c'est tout. Par contre j’étais surpris de savoir la technique de l'impression. Nous découvrons alors le domaine de l’imprimerie. Nous apprenons le mode de repère de pages en superposant des croix de couleurs (le bleu, le jaune et le rouge). Afin de faire correspondre les différentes couleurs sélectionnées pour l'impression. De même, nous apprenons les différentes façons d’impressions : l’offset, impression par report sur caoutchouc. La gravure sur des plaques de zinc ou la gravure sur bois. La sérigraphie consiste à poser des couleurs sur le papier ou le tissu par film obtenu par un banc de reproduction.
      Au fur et à mesure que notre arbre de connaissance grandissait, elle était comparable à celle de l’arbre de vie et je devenais plus vieux d’une année. André Oudet allait nous quitter pour sa mutation vers la métropole. Il nous avait appris durant toute une année scolaire le maniement d’un art dit naïf que, selon Decampos, avait été le style du Douanier Rousseau. Nous regrettons son départ et il nous avait promis une chose, c’est de nous faire imprimer une œuvre peinte par nous même. Quatre artistes de la première année avaient eu la chance de voir leur tableau se transformer en lithographie. Il s’agissait de Courtois, Mussard, Hoareau et de K’irbydi. Nous avions eu la chance d’être édité en cette année 1985 par l’édition F.I.T.

Souvenez vous de votre première peinture en classe de dessinateur ?

Cuite de géranium, 1984 avec André Oudet

Bien sur et toujours, ce fut "la cuite de géranium". Cette dernière avait les mains et le dessin d'André Oudet dessus. Il m'avait aidé à concrétiser une gouache qui n'était donc ma joie de l'avoir conçu à deux. Puis j'ai donc peins "la cuisine en tôle", "la case en bardeaux", "la gendarmerie à la Réunion" et "le FAZOI" et j'avais moi aussi cette chance d'être édité par FIT.

J'avais reçu à dix huit ans mon premier cachet de droit d’auteur, soit un montant de "2500 francs" (~262 €). Ce fut une aubaine pour moi qui recevait une petite bourse de lycéen. Je comptais avec cette argent de passer mon permis et je l’ai réalisais. Pour moi ma majorité était synonyme de liberté. Je sortais les samedis et cela ne m’empêchais pas de travailler durement ma passion. Je ne m’attachais pas d’importance aux sentiments d’autrui. Quant à l’âme sœur, ma timidité m’empêcher de vivre ma sexualité. Je réservais une grande place à l’art. Ce fut-elle mon premier grand amour."

Racontez nous votre temps libre ? 

     "Les vacances ! Je passais mon temps à dessiner et à peindre. J’avais commencé à peindre des paysages à la gouache. Je me souviens d’une de mes premières peintures intitulée « la cascade bleue ». Je couchais sur une feuille de Casson, un paysage typique de la Réunion. Une cascade d’un bleu du ciel était le sujet de l’œuvre. Elle ruisselait prenant sa source dans les montagnes. La cascade sortait de la feuille comme une forme d’entonnoir. J’ajoutais des rochers en formes de dragées ce qui rendait à cette toile un goût naïf. Un bananier se trouvait sur sa rive droite. A travers ses racines, elle buvait  l’eau limpide des collines. Ce bananier donnait vie à un régime de banane. Ce dernier se mûrissait paisiblement au soleil. On aurait cru entendre la chute d’eau à travers les traits qui soulignaient les contours des rochers. Parfois j’introduisais des branches de bois morts qui se fixaient à une embouchure. Des songes d’eau se mêlaient par-ci par-là tandis qu’un  «choca » finissait sa vie en bas de page.
     Les jours vacants semblaient devenir plus paisibles avec la tache qui m’était imposée. J’avais le choix de me reposer ou bien de sortir. J’utilisais ces moments à me perfectionner. Je peignais d’autres scène locale, tel que la savate sous le papayer, où  je l’achevais au crayon de couleur. L’utilisation de crayons gras me permettait d’employer d’autres outils. Je voulais me perfectionner sur les couleurs mais aussi sur les techniques à employer. Je progressais et cela avait été un qu’un signe positif dans ma jeunesse d’artiste-peintre. J’avais un rêve c’est de devenir ce dernier.
      La rentrée 1985 / 1986, m’ouvrait ses bras et en deuxième année, nous étions devenus les grands. Nous faisions la connaissance des élèves de la première année. Je reconnais un seul qui venait de notre ancien collège de Terrain Fleury, Charly Lesquelin. Comme nous ils étaient perdus dans ce lycée professionnel de Saint-Pierre. Comme nous ils aimaient le dessin.
     < Le départ d’Oudet nous avait laissé un peu sans voix. Nous le voyons encore assis à son bureau et caresser sa barbe grise. Il était reparti chez lui dans sa Jura enseigné à d’autre petit z’Oudette. A la Réunion nous prononçons le « et » d’Oudet en « ette ». L’exemple le plus concret est le nom Payet prononcé « Payette ». André Oudet était remplacé par monsieur Sonny Rollin. Les autres professeurs s’étaient fidélisés à notre session. Cette année était décisif pour l’obtention de notre certificat professionnel. J’étais conscient que cette année scolaire était difficile. De plus je n’avais pas droit à l’erreur. Je m’accrochais tant bien que mal et je faisais de jour en jour des progrès. Je me perfectionnais dans le dessin et dans la composition. J’avais une grande compassion pour l’histoire de l’Art, surtout pour la période impressionniste. Ce mouvement culturel né dans la seconde moitié du XIXème siècle est marqué par une grande diversité de tendances stylistiques. Elle se caractérise par les impressions. Impression de lumière que partage l’artiste par une spontanéité des touches de peintures déposées les unes sur les autres sur la toile. Manet, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley étaient devenus des impressionnistes. Ils se libèrent de principes démodés. Ils définissent eux-mêmes la forme et le sujet de leur œuvre. Ils se libèrent des écoles de peintures traditionnelles. Ces impressionnistes peignaient en toute liberté ce qu’ils voulaient et comme ils voulaient…

   En fin d’année scolaire, j’avais une certaine réticence pour affronter ce diplôme de dessinateur publicitaire. Je poussais un cri de joie en voyant mon nom s’afficher sur le tableau des résultats. Par la suite j’ai suivi une première adaptation en première A3, au lycée Rolland Garros. A la fin de la première j’avais pris la décision de suivre un stage de peintre en lettre au lycée de Saint-Louis. C’était qu’un stage de formation d’une année qui nous emmenait à la porte des lycées."      

      

           Classe DP St-Pierre

            Sortie de classe des dessinateurs en publicité à Mafate, Marla, en 1985. 

En haut de gauche à droite:
Rollin( prof de dessin),Cécile, *Gérard Piednoir* (prof), Ariel, Cyril, Paul ClodelLesquelin Charly, Gladys, Didier, Maryline, André.
En bas assis à gauche à droite:
Mariotte, Joëlle, Sylvianne, Nathalie, Françoise, et Alfredo Decampos (prof de dessin)
 

*Gérard Piednoir (mort en 2012 d'une crise cardiaque) n'était autre que le créateur de logo de la compagnie imaginée par René Micaud et aujourd'hui rayée du ciel : AOM pour Air Outre Mer ne vous disent sans doute rien ?

Sur la voie de la vie active, quel métier aviez-vous exercer ? Racontez nous votre parcourt artistique au début de votre carrière ?


 " En 1986, je travaillais pour la première fois dans une fabrique de meubles à Saint-Pierre de la Réunion (qui s’appelait : SOREMA). J’étais donc embauché comme peintre en lettre et décorateur en publicité. Je me rappel surtout, de m’y rendre chaque matin, à pied au travail d'où j'habitais à la ville du Tampon. Je marchais alors, plus d’une demi-heure et après avoir pris un taxi qui me transportait à la ville voisine (Saint-Pierre) je continuais ma marche jusqu’au boulot. Mon travail consistait à peindre des panneaux ou des banderoles publicitaires, pour des promotions du magasin de meuble réunionnais. Le combe restait à vaincre la chaleur car j’étais exposé à trente centimètre de la tôle (ce qui me servait de plafond à mon abri de fortune). Mes problèmes de locomotions matinales s’estompèrent lors de l'achat de ma toute première voiture. Cette dernière était une petite 104, toute blanche qui allait de même me changer la vie.
Je m’habituais à mon emploi, mais au bout d’une année passée au sein de cet établissement, le patron m'avait licencié. Ce dernier justifiait le motif économique de son entreprise. A ce moment précis de ma vie, je m’étais résigné mais pensant tout de même que j'aurai aimé éviter un licenciement. D'ailleurs je m'étais dit, tant que je n’aurai pas effectué mon service national, je ne serai pas tranquille. J’ai donc fait appel auprès de mon régiment à Saint-Denis.


Quelques mois plus tard, je me retrouvais à Laon-Couvron pour y passer onze mois de ma vie. Étant, par la distance, France-Réunion, séparer de ma famille, je devais m'assurer. A l'armée de terre, j'ai été reçu à un examen de dessinateur et maquettiste au sein du BPSR. (Bureau Pour Se Reposer). Cet avantage fut pour moi un inconvénient car je n’ai pas obtenu l’intégration aux pelletons d’élèves gradés. Il fallait donc trouver un remplaçant et il n'y avait aucun candidat qui avait postulé. J’ai donc terminé mon service comme première classe et j’en suis peu fier du service. J’avais profité de ce voyage pour visiter la famille à Montluçon et à Cournon-D’Auvergne mais aussi de pouvoir visiter les grands musées d’Arts de Paris et France. Le Louvre et d’Orsay, m’avaient beaucoup plus et ils avaient réveillés mon goût pour la peinture. Je n’imaginais pas qu'une œuvre d’Eugène Delacroix était aussi gigantesque. Ces tableaux étaient accrochés aux sols et aux plafonds et je pouvais mieux les observés avec du recul. Tous les détails qui faisaient tant vivre ces toiles m'avaient impressionnés. Plus loin, dans une autre salle, tous les impressionnistes étaient présents: Monet, Manet, Renoir, Degas et les autres vivaient à travers mes yeux écarquillés. Je jubilais de bonheur de voir leurs œuvres. J’avais compris que ce jour était le révélateur de ma future passion, c'est-à-dire, la peinture. Qu’importe ce qu’il arrivera demain, ce qui c’était passé dans ces musées aura peut-être été considérer comme le futur prêtre qui reçoit le Saint Sacrement ou l’ordination.


De retour à ma caserne, à Laon-Couvron, je me suis mis s’en attendre aux dessins et j’avais remarqué les difficultés d'exercer ce métier. Depuis ma sortie du lycée je n’ai peint que six gouaches et j’avais proposé à l’édition FIT à Saint-Denis pour éditer, en 1985, en cartes postales.


A la fin de mon service militaire et au bout de onze mois de séparation, j'avais hâte de retrouver mes parents et mes amis Réunionnais. Quelle fut ma joie de retrouver mon île de la Réunion toute ensoleillée ! Quelle fut aussi ma satisfaction de retrouver ma maison ! J’avais pris une année de plus et une certaine maturité d’esprit. D'ailleurs, je voulais rattraper le temps perdu. "Le temps est une chose qu’on a beau courir derrière, (disait mon père à cette année 1988) et qui ne se rattrape jamais".
 Je dirai que ma carrière commence en fin d'année 1988 et début 1989 car j'avais repris la peinture.  La question que je me pose: Aurai-je continué à peindre, si la peinture, d'elle même, m’avait abandonné ?" 

Comme il fallait chercher du travail et s'inscrire à nouveau comme demandeur d'emploi, j'entamais sérieusement (chez mes parents) une série de peinture qui me permettait de me remettre dans le métier. Cette série était consacrée aux cases créoles de la Réunion. A vrai dire, mes premières gouaches sur papier Canson n'étaient plus qu'un travail d’illustrateur que celui d'un peintre. Je peignais sans me soucier de quoi que se soit et d'une ultime passion. Certes, j’allais chercher du travail mais en 1989 l’annonce de la guerre du Golf n'encourageait très peu les patrons à embaucher.

 

Eoctobre et en décembre 1989, je me lançais dans une exposition au syndicat d’initiative de Saint-Pierre (en face du tribunal) et dans le hall de l’hôpital de Tampon et de Saint-Pierre. Ces premières initiatives, sous le pseudonyme de "Paul Clodel C." (ma première signature que j’avais choisie pour me faire connaître des réunionnais) allaient de ce fait lancer ma carrière artistique".

 Quel style de peinture avez-vous présenter aux publics réunionnais ?

"Jétais résolument tourné vers le figuratif. Je présentais des cases créoles de la Réunion et avec la passion de l'histoire architecturale qui m'inspire. Quelques véhémentes touches de couleurs pures et criardes exprimaient cette volonté assurément descriptive. Tout bien, je restais un fidèle à la transcription du monde extérieur en apportant une touche personnelle, tel qu’un personnage peint dans un style purement naïf. Ce qui témoignait l’enseignement d’André Oudet au lycée. Je voulais, de cette exposition, retenir le passé de la belle époque et du début du siècle de mon île. L’utilisation de la gouache et du crayon de couleur (dans ces expositions) montraient, certes, mes moyens modestes et la difficulté d'un jeune artiste à subvenir dans ce domaine réserver le plus souvent aux riches et aux élites"

 A l'ombre de votre peinture, aviez-vous à pareil époque, une vie sentimentale ?  

"En revanche, si j'aime parler de ma passion, je n'aime pas parler de ma vie sentimentale. Je laisse le public à en découvrir. Pourtant j’en avais une et la fin de l’année 1989 qui allait sans doute changer ma vie. Je ne désire pas m’attarder sur mes fiançailles et l’année d’après mon premier mariage avec une certaine Frédérique C. Je trouve que cette époque était pour moi une erreur de jeunesse et le pourquoi du comment je ne désire pas savoir. Cette expérience m’avait permise de me trouver du travail stable et même si la première exposition, de cette même année, m’avait permise de me faire connaître, elle ne suffisait pas pour faire vivre un ménage".

Parlez-nous de votre travail, avait-il une relation avec la peinture ? 

"Au début de l’année 1990, j'ai eu cette chance de me faire employer chez "Chane-Hive S.A", l’unique représentant des boissons "Orangina et Pepsi"à la Réunion. Mon travail consistait de peindre et de représenter, sur les murs des boutiques créoles et des magasins de la Réunion, leurs enseignes. Je devais, pour ce faire, parcourir toute l’île (de long en large) et de même en tous temps (pluie, soleil et vent). Mais au bout du sixième mois d'activité, j'eu une chance inouïe. Cette dernière était un contrat de dix mois au Rectorat de la Réunion. Je devais remplacer un fonctionnaire, en congé de longue maladie, à l’université de Saint-Denis.

En 1991, après deux mois de chômage je passais un concours d’Ouvrierd’Entretien et d’Accueil (O.E.A) et je l'obtenais du premier coup, avec comme note 19,90/20. Je fus par la suite, en août, affecté au collège "L'Oasis" du Port".

Aviez-vous exposer en cette période de reprise et de changement d'activité? 

"Du 29 décembre 1991 au 05 janvier 1992, j’expose à nouveau au syndicat d’initiative de la rue Archambaud, à Saint-Pierre. Les journalistes de la presse écrite ne se sont déplacés, à l’exception, de la télévision locale et pas le moindre, car il s’agissait de R.F.O (Réunion 1ère). Le reportage était passé en fin d’actualité et les images prises de l'exposition allaient me faire sortir de l'ombre  à celui de la lumière. Je me souviens d'avoir énormément travailler cette expo. De même je m’apprêtais, à la suite, de peindre techniquement à l’huile et sur un support de toile de lin.

Je me souviens que cette année, je travaillais les mercredis matin à l’école primaire de Bourg-Murat, à la Plaine-des-Cafres. Cette opération était dirigée par le CEDAACE. L’atelier comprenait une vingtaine d’élèves de cette école, qui s’adonnait à leur plaisir de peindre. Ces jeunes étaient motivés et se familiarisés avec les couleurs. Ils maîtrisaient les proportions, les perspectives et je favorisais à mon tour, leur créativité…d’ailleurs pendants la semaine des Arts je les exposais à l'intérieur de leur bibliothèque scolaire. De même, ma carrière était à peine commencée que d’autres écoles voulaient exposer mes œuvres chez eux et cela dans la continuité de la semaine des Arts. Ce fut le cas de l’école primaire d'Aristide Briand, au Tampon Centre. Je profitais de l'occasion pour informer les journalistes de ma prochaine exposition prévue pour le mois de septembre 1992 à l’hôpital de Terre-Sainte. J’exposais, dans ces écoles, mes nouvelles toiles de lin (encore toutes fraîches et toutes imbibées de sur couche de peinture impressionniste). J’étais donc fier de montrer à ce jeune public, ainsi que leur parent, mes premières toiles impressionnistes, pointillistes et surréalistes".

 

Étiez-vous à la recherche d'un style en peinture?

"Dans un premier temps, je n’avais aucun style de peinture, à l'exception du naïf. Je me recherchais et j’appréhendais l’utilisation de la technique de l’huile sur la toile vierge. Aussi, l'utilisation des livres d'Arts, vont me permettre de refaire mon éducation artistique...".

Est-ce facile de trouver des lieux d'expositions, à la Réunion, à cette époque ?

"Trouver des lieux où exposer nos peintures étaient déjà un problème majeur en 1993, alors je me suis allier à un tout jeune artiste qui n’avait jamais exposé c'est Charly Lesquelin. Tous les deux nous décidions de prendre d’assaut la salle de la MJC du Tampon. De même nous avions pensé à monter ensemble une association de peinture. Cette dernière s'appelait « Art en ciel », l’idée d'une association d'artiste venait, en réalité de moi mais le nom" Art en ciel" c’ était de Charly. L’association n’était pas encore déclarée à la sous-préfecture qu'elle n'aura pas eu temps de se concrétiser ou alors je dirai qu'elle avait existé tout juste le temps d'une seule exposition. Il y eu un désaccord dans notre conditionnement d'exposition et par la suite nous avions abandonné l'idée d'association. Les autres artistes-peintres qui ont participé étaient : Marius Sinama, Dany Grondin, Karine Cochard et André Barret. 

Après cette aventure je n’étais pas furieux ni pessimiste, je comprenais que le domaine artistique n’est qu’un monde de concurrence et de sans pitié. Les amis de l’école devenaient aujourd’hui des rivaux. C’était ma toute première leçon de ma vie d'artiste. J’ai par la suite continué à exposer en solitaire.  

 Aviez-vous trouver des lieux d'exposition facilement ?

"Facilement n'est pas la question disons que je n'étais pas difficile sur les choix ou les lieux d'expositions. En avril 1993, j’avais exposé à l'Espace Culturel à Sainte-Marie cité Duparc. je me suis engagé dans une voix qui ne me ressemblait pas jusqu’à présent, si je peux dire cela comme ça !  Mon art était essentiellement destiné à un public d’amateurs, à des gens qui aiment au premier regard la peinture contemporaine.  

J’avais certes, obtenu depuis peu un certain succès, puisque plus de la moitié de ma production avait été vendue, mais j’éprouvais néanmoins le désir de se détacher pour s’engager dans la voie plus risquée d’une expression picturale très personnelle. Le résultat de ses recherches est un mélange (par la forme), de surréalisme avec une addition de cubisme dans certaines toiles notamment « le bazardiez malgré lui* » et de symbolisme : « kalou pilon*. Les couleurs chatoyantes, lumineuses et criardes n’avaient pu suffit pour faire apprécié ce public nordiste.

Cette exposition était délirante sur la forme et le style des toiles ; à ce moment là j’étudiais les maîtres impressionnistes et symbolistes. J’avais voulu établir un lien entre ‘l’art de la décoration et l’impressionnisme’. J’aime jouer avec les couleurs complémentaires. Les froides deviennent chez moi chaudes et vice versa. Pourtant l’exposition n’avait pas eu le succès escompté…car les toiles modernes se vendent très peu sur l’île. Les touristes achetaient mes tableaux à 120 euros, l’équivalent de 800 franc en 1993. Bien qu'à cette époque la valeur différait plus ou moins en hausse si on compare à celle d'aujourd'hui, sauf qu'elle ne couvrait toujours pas les frais de  vernissage. Je me rappelle que j’avais passé toutes mes nuits à confectionner de modestes cadres de bois, pour habiller mes toiles. Je voulais avoir l'impacte d'une belle représentation sur le public nordiste.

Mes peintures étaient entre le style symbolique et art déco. J’étais amoureux des couleurs et des formes. J’avais voulu établir un lien entre art déco et une certaine forme de surréalisme pour certaines de mes créations et symbolique pour d’autres. J’aimais jouer avec les couleurs complémentaires mais je restais un figuratif. Mes sujets de prédilections n’étaient autres que la nature environnante, paysages, cases créoles, déjeuner sur l’herbes*... Mes œuvres peintes ne pouvaient pas s’éloigner du style naïfs qui étaient pour moi d’un grand intérêt majeur.  Elle servait de mémoire pour l’histoire de l’île, avec ces cases qui n’existaient plus ou ces alambics de géraniums qui étaient démolies par le temps !

A cette époque je me cherchais un style personnel. Comme je n'avais rien vendu de cette exposition et par la suite et pour des raisons économiques afin de poursuivre mon envie de peindre, j’avais tout repeint dessus ces toiles modernes. Ce qui comptait pour un artiste qui débutait dans ce milieu, c’était le financement. Heureusement que mon salaire de petit fonctionnaire me permettait de vivre sous les tropiques et encore de manière simple. Le coût de la vie était si élevé, que je ne trouvais pas partout du matériel de qualité à bon marché. Je pouvais dire que ma passion me ruinait, mais je crois en elle...

L’année 1994 allait être une année de naissance dans ma vie tout d’abord en juin la naissance d’un style de peinture «  le traitillisme » et en juillet le plus bel évènement la venue au monde de ma fille Cécile".

 

Paul Clodel, on connaissait l'impressionnisme et le pointillisme, voici votre invention en 1994 s'intitulant  le « traitillisme ». Pourquoi l'avoir initier à l'art réunionnais ?   

 

Les deux musiciens"Ce qui faut savoir : Le traitillisme est créé en 1994, en atelier et était exposer pour la première fois en cette même année au collège de l’Oasis au Port. C’est Jean-François Sam-Long, illustre écrivain réunionnais, qui le reconnaît comme un style de peinture qui nécessite une recherche approfondie. Pour m’encourager dans la voie il achète ma première toile traitilliste qui s’intitule : « Les deux musiciens » (Collection privée de J-F-SamLong)".

 

Ltraitillisme tient son origine dans le postimpressionnisme.

 

 

La première toile traitïsme de Paul Clodel C.

(La toile est sous ma première phase de recherche :"Le traitillisme" 1994). 

 

Qu’est-ce que le postimpressionnisme et qui sont ses acteurs ?   

« Le postimpressionnisme est un ensemble de courants artistiques qui, durant la période allant approximativement de 1885 à 1915, diverge de l'impressionnisme ou s'oppose à lui (néo-impressionnisme, synthétisme, symbolismenabis...).

 "Le terme postimpressionnisme est une appellation extrêmement floue, appliquée principalement à CézanneVan GoghGauguinToulouse-Lautrec  et Seurat, mais souvent utilisée pour décrire d'autres artistes progressistes qui suivirent la grande décennie de l'impressionnisme (1870-1880), comme  MatisseBonnard ou Dufrénoy ».

 

Qui est donc le peintre postimpressionnisme qui vous intéresse le plus pour créer ce traitillisme ?

  Un dimanche matin, toile traitïste, 10 F, 1996 de Paul Clodel Cochard, inspirée de Georges Seurat

"Ce qui m’intéresse le plus dans ces artistes peintres, c’est : Georges Seurat. Sa technique diffère des autres artistes de l’époque et son pointillisme pouvant se remplacer par uniquement le trait pouvait selon moi être son héritage artistique.

 "Au cours de sa brève existence, ce peintre cérébral, cultivé, sophistiqué, dépasse avec détermination l’immédiateté “romantique” de la peinture impressionniste pour élaborer une méthode picturale fondée sur des lois scientifique précises et révolutionner le concept même de l’art figuratif. Son problème étant de trouver un lien entre l’art et la science et, plus précisément, entre la peinture, la physiologie et la psychologie de la perfection".

 

 

La pêcheuse, toile traitïste, 10 P, 1997 de Paul Clodel Cochard, inspirée de Georges Seurat

 "La théorie de la peinture de Seurat se fonde sur l’optique ou plus précisément sur un concept appelé « le pointillisme* ». Celui-ci repose sur l'idée que la lumière résulte de la combinaison de plusieurs couleurs, et que donc un ensemble de points colorés juxtaposés peuvent, observés depuis une certaine distance, recomposer l’unité de ton et rendre la vibration lumineuse avec d’avantage d’exactitude. Georges Seurat s'est notamment inspiré des recherches que le chimiste français Eugène Chevreul avait menées à l'occasion de travaux de restauration de tapisseries, et s'est en particulier beaucoup intéressé à son essai "De la loi du contraste simultané des couleurs, publié en 1839 ».

  

Qu'est-ce le pointillisme ?

"Le pointillisme (ou néo-impressionnisme) est un courant artistique issu du mouvement impressionniste qui consiste à peindre par juxtaposition de petites touches de peinture de couleurs primaires (rougebleu et jaune) et de couleurs complémentaires (orangevioletvert). On perçoit néanmoins des couleurs secondaires, par le mélange optique des six différents tons seulement. Cette technique est née en France notamment sous l'impulsion de Georges Seurat (1859-1891) puis de Paul Signac (1863-1935), à la fin du XIXe siècle".

 

Quelle est votre première phase de création ? 

 

"Ma toute première phase de création artistique c'est " Le traitillisme".  

 

Pourquoi le choix de peindre sur de allumettes?

La ronde de joie< La ronde de joie toile traitilliste de Paul Clodel Cochard 1995, 12 P Collection privée.

"La période de la phase du traitillisme est beaucoup présent dans mon travail autour du thème : « Laisse a lu met son maloya(1) » ou « Laissez lui s’exprimer dans son maloya » (1994-1995). (1) L’écrit en créole voulait accentuer le coté allumette (a lu met) qui était un détonateur technique du traitillisme, lors d'une exposition de 1995. Le maloya est une danse folklorique qui remonte à l’origine de l’esclavagisme à la Réunion (danse traditionnelle d’origine Africaine, que les esclaves pratiquaient).  Aujourd’hui cette tradition se perpétue et l’exposition de 1995 était donc l’occasion de rendre cet hommage".

"Je voulais réformer la toile "

"Ma composition était libre puisqu’il fallait disposer les allumettes sur une planche de contre-plaqué et de les collées de façon parallèle, en composant par des formes libres et je me reprends, afin d’obtenir un fond au tableau. Par un collage par pression et bien sur une protection du bois par un produit protecteur, le support dit « traitilliste » était prêt à l’emploi de la peinture. "Je voulais réformer la toile " et je pensais qu’en appliquant cette théorie je créais un nouveau support. "L’art est significatif de chercher l’origine et l’originalité reprend sa place" (autrement dit : chasser le naturel et il revient au galop ) :

« Javais la sensation de croire au traitillisme et qui, sans peut-être l'intervention de l'écrivain réunionnais, J-F Sam-Long, ce style de peinture n’aurait  pas vu le jour. D'autant plus que je me recherchais en peinture. Je  me disais que cette visite inattendue allait bel et bien changer mon destin. Aussi,  j'eus hâte de commencer le plus tôt possible mes recherches sur ce qui deviendra plus tard le « traitïsme ». Mais mon seul problème restait celui de la matière à employer, il me fallait travailler le support classique de lin qui est plat en donnant une matière appropriée aux traits :

Si dans « les  deux musiciens* » il y a un manque de variétés**, je devais compenser ce manque par la matière qui  correspondrait  le  mieux  aux traits. Il me fallait donc un support qui remplacerait le lin. Je me souvenais de la leçon apprise sur l’unité et la variété, et la composition du tableau. Il me fallait trouver la solution d’empâter la matière; avant tout j’optais pour ma première solution le support d’allumette. A la fin de l’année 1994, cette technique que j’ai entièrement inventée m’a donnée énormément du travail pour confectionner le support: Sur une planche de contre plaqué découpé sur mesure, j’appliquais avec de la colle de bois les bûchettes et je prenais soin d’enlever le soufre au bout, en les brûlants".

** « Variété de dessin ou peinture peut signifier différence graphique selon les artiste mais cela relève du style artistique, ou différence de traitement d'un objet et ça relève de la représentation artistique.  La variété de dessins ou peinture d'un sujet est l'ensemble des possibilités typiques de représentation graphique d'un sujet quelconque il est préférable de fusionner avec l’unité ».

L'unité est créée par le caractère des traits, l'emploi systématique des hachures et le caractère très uni des couleurs.

La variété est apportée par les différences de caractère des formes géométriques (triangles, cercles, droites, courbes) que compose les allumettes, par les différences de dimension des formes, les contrastes de valeurs et les contrastes marqués des couleurs.

         

Quel est donc le but des supports d'allumettes dans vos toiles? 

Vingt décembre<"Vingt décembre" toile traitilliste de Paul Clodel Cochard (col.privée) 1995.

"Ce support est baptisé « support traitilliste» ce dernier, apporte à ma peinture aux traits une matière riche et intéressante. Dans la toile intitulée : Vingt décembre, les allumettes collées en forme d’un X symétrique, composaient donc le format. En appliquant la peinture avec la technique aquarelliste, on apercevait la trace noire que faisaient le souffre brûlé, ce qui donnait un aspect inattendu à la toile. Puis dessus la peinture  j’ajoutais des traits de couleurs pures juxtaposées. Elles étaient posées de manière oblique sur la droite la plupart du temps. Avec ce  genre de  compositions, c’est à dire, de manière linéaire ou bien géométrique; on ne peut qu’obtenir une composition qui se rapproche de près de l’art abstrait. Je projetais même de marier l’abstraction avec la figuration, mais pour le moment je me contentais de pratiquer un genre de peinture très différent et qui me demandera énormément d’heures de patience. C’était au mois de décembre 1995 que j’organisais l’exposition intitulée : « laisse à lu met son maloya », à la médiathèque de la ville de Saint- Pierre".

Pourquoi cette passion pour les allumettes?

"La phase du traitillisme était devenue de surcroît ma véritable passion, puisque j’investissais tout mon temps à réaliser des œuvres dans ce contexte. Cette passion pour les allumettes remontais déjà très loin dans mon enfance car ma mère découvrant le prénom "Clodel"(1) sur une boite d’allumette l’aima tellement que ce fut le prénom qu’elle me donna, aussi je ne pouvais être attiré par les bûchettes. Mais à bout de souffle et je pensais bien réviser ma copie, avant d’être aussi allumé par cet élan de folie qui me gagnait dans l’achèvement d’un triptyque de six mètres de long sur un mètre vingt de haut. De même, les médias se sont approprié l’événement, concernant l’application des petits bouts de bois posés et collés les uns contre les autres".

Comment le public réunionnais a réagi à cette expo plutôt insolite ?  

"Le succès de mon exposition à la médiathèque par le biais d’un reportage au journal télévisé sur "RFO" (Réunion 1er) a suscité chez les réunionnais leur curiosité. Je n’avais rien vendu mais cela m’avais donné un «vert espoir» de croire au traitillisme. Certes, je ressemblais pour certains, à un personnage marginal et de plus allumé de la société; mais après tout, je ne suis qu’un artiste qui se plaisait à poser des milliers de bois d’allumettes et se satisfaisait du résultat. L’exposition  terminée, je rentrais à l’atelier du Tampon, avec cette envie de croire au désespoir, car je n’avais rien vendu, à part bien sur quelques recueils de poésies. J’eu alors l’impression que mon « vert espoir » devenait alors « noir espoir », aussi je décidais de revenir à la toile de lin pour gagner du temps »…

Quel sont les supports dans la peinture? 

« A l’image de l’aspect physique d’un être humain, un  tableau est aussi constitué de trois éléments déterminants qui expriment ses qualités ou ses défauts, à savoir que son squelette est représenté par le support (toile, bois, carton entoilé, ou contre plaqué…).

Sa chair est représenté par la matière picturale (huile, acrylique, aquarelle, fusain, sanguine…).

Son épiderme est qu’en à lui est représenté par la couche de vernis de finition, mais de plus en plus les peintres ne revêtent plus de vernis sur leur toile ».

Jusqu’au XVème siècle, les supports étaient des simples panneaux de bois. Bien sur ils choisissaient les « essences » du bois, selon d’une, les moyens de l’artiste-peintre ou selon les Régions qu’ils vivaient. Ces derniers choisissaient avec soin leur bois de support de leurs futures œuvres.  Le bois quant à lui épousait la peinture et les choix étaient ceci en fonction des régions : le chêne, le noyer, le tilleul, le peuplier, le saule et le pin ou cèdre…

De nos jours les contre-plaqué et Agglomérés (Acajou ou d’Okoumé) ils ont une qualité de texture qui sont excellente et qui permet de fabriquer un bon support à peindre.

Dans les supports du peintre il ne faut pas oublier le fameux carton entoilé.  Ce sont des cartons recouverts d’une toile de coton apprêté d’une enduction universelle, peu absorbante pour la réalisation de la peinture à l’huile ou à l’acrylique. Le carton entoilé est un support très convenable à peindre. Elle permet la réalisation picturale à moindre frais et par du coût accessible au débutant ou au voyageur.

Pour en terminer sur la plus traditionnelle et incontournable support du peintre : la toile de lin. Ce tissage est déterminé par son grain, plus qu’il est fin et régulier plus qu’il permet de travailler en nuance et en demi-ton, et favorise la réalisation des détails. Le grain le plus marqué favorise quant à lui une technique plus vigoureuse, en évitant l’apparition d’éventuelles craquelures".

Le support en bois d’allumette est unique pour le moment dans la peinture contemporaine ! ( J'émet certes l'hypothèse jusqu'à la preuve du contraire).

les marrons      Les marrons

Les marrons, toile traitilliste de Paul Clodel Cochard, 1995, avec la marie Louise en bois d'allumette peinte et prolongeant la toile (1).

Êtes-vous satisfait du traitillisme ?  

 "Avec le recul, cette première exposition traitilliste qui m’avait apporté beaucoup d’expériences enrichissantes et personnelles ; je voulais absolument faire connaître le traitillisme aux publics réunionnais. Je savais éperdument que si je voulais continuer dans cette voie, il me fallait apporter une modification à mes tableaux. Je commençais donc par le cadre, qui lui aussi composé de bois d’allumettes, me semblait vouloir étouffer ma peinture. Dans "laisse a  lu  met son maloya" les regards des spectateurs se laissaient dévier par le cadre en bois naturel. Aussi en le supprimant totalement et en repeignant sur la marie-louise(1), je redonnais à l’œuvre sa force visuelle. De même, je continuais de réformer le nom ‘traitillisme’ ma première phase de recherche. Je trouvais que dans le contexte moderne, aujourd’hui, le nom devenait trop long. Je voyais plutôt à sa place, un nom qui serait plus court comme traitïsme et de même un mot qui rassemble toutes mes phases de créations en une seule famille. 

Pourquoi aviez-vous rajouter un tréma sur le "i" du mot traitïsme?

"Je ravissais le ï du mot traitïsme, en faisant là un clin d’œil à mes débuts au lycée où j'étais artiste-peintre d’art naïf. Ce nouveau mot me permettait aussi de me démarquer des autres artistes de passage sur l’île et qui oseraient prendre ce nom pour la diffuser.  Je revendique la paternité de ma technique de peinture aux traits. En écrivant de la sorte le traitïsme, je contribue aussi à sa défense".

En quelque sorte c'est un copyright ?

"Si on veut dire cela comme cela, car il existait bien un mouvement "traitiste" de 1983 en Europe et dont leur magazine était "Cyberdada". Fort heureusement qu'ils n'étaient pas des adeptes de la peinture aux traits mais des intellectuels qui avec le mouvement d'Extrème Jonction critiquaient la société moderne à travers l'art (musique, poésie et peinture). 

Que signifie pour vous le mot "traitïsme" ?

Etymologie du mot : trait (Wikipédia)

 D'un latin populaire *tragere, réfection du classique trahere « tirer »

 Nom commun «  trait »

 (En particulier) Lignes d’un dessin qui n’est pas ombré.

 Dessin au trait, au simple trait. - Il s’est contenté d’en faire le trait.

 Etymologie : de « isme »

 Du grec ancien -ισμός, -ismós qui a donné -ismus en latin.

 Suffixe : -isme /ism/ masculin

 Utilisé pour former un nom correspondant à une doctrine, un dogme, une idéologie ou une théorie.

 - communisme, libéralisme, hédonisme,darwinisme

Le traitïsme : n, masculin,théorie artistique qui définie l’utilisation du trait (en couleur ou en noir) dans la peinture.

 

Le traitïsme consiste à peindre sur une toile une multitude de petits traits ou des hachures en se servant uniquement de couleurs pures. Ainsi, en observant mon œuvre à une certaine distance, l’œil perçoit des tons secondaires, grâce à une illusion d’optique causée par la juxtaposition des traits colorés, mouvement similaire à celle de Georges Seurat (1850-1891) le pointillisme.

 

N'est-ce pas un peu scientifique ?

"Rien n'est de scientifique, ce ne sont là des mots techniques qui sont employés en peinture. Pour revenir sur la théorie de la peinture de Seurat, qui se fonde sur l’optique ou plus précisément sur un concept appelé pointillisme (le point pour Seurat et le trait Pour moi). Ce traitillisme ou traitïsme se repose sur l'idée que la lumière résulte de la combinaison de plusieurs couleurs, et que donc un ensemble de traits colorés juxtaposés peuvent, observés depuis une certaine distance, recomposer l’unité de ton et rendre la vibration lumineuse avec d’avantage d’exactitude. Je cite que Georges Seurat s'est notamment inspiré des recherches du chimiste français Eugène Chevreul. Ce dernier avait menées à l'occasion de travaux de restauration de tapisseries, et s'est en particulier beaucoup intéressé à son essai "De la loi du contraste simultané des couleurs, publié en 1839 ».

 

 Considère t-on le traitïsme comme une autre phase à vos recherches ?

 "Je considère le traitïsme comme le nouveau nom de ma recherche artistique. Ma seconde phase au traitïsme auquel apparaisse mon ancien style le naïf est le traitïsme-naïf ".   

 

« Le terme art naïf  aurait été utilisé pour la première fois au xixe siècle, pour qualifier les œuvres du peintre  Douanier Rousseau, qui peignait hors des normes académiques, sans suivre pourtant les recherches picturales de l'avant-garde de l'époque : les impressionnistes. Considerez-vous comme un naïf dans votre seconde phase : traitïsme-naïf ?

 

"Le mot naïf reste une appropriation de l'art naïf mais contrairement du Douanier Rousseau ma peinture a une modification au terme naïve. Je me considère comme un avant-gardiste de l'art réunionnais

 Je reproduisais mes œuvres tout en m’inspirant de Georges Seurat (1859-1891), (le pointillisme). Mais il était évident que je ne le copier pas, je voulais obtenir un style personnel qui était basé sur ses compositions (traitïsme : voir l'Hommage à SEURAT de Paul Clodel en cliquant ici).. Alors je tentais le trait, mes tableaux en étaient composés d’une multitude de petits traits obliques, posés à même la toile, toujours dans le même sens, c'est déjà du post-impressionniste. 

« Si le traitïsme est maintenant mon propre style , je suis un avant-gardiste et cela me plaît ! Estiment de même que mon support traitiste (les allumettes) me demandait trop de temps à le concevoir, j’ai laissé un peu de coté les bûchettes de boispour peindre et revenir sur la toile de lin. De même je repeignais aux traits sur mes anciennes toiles naïves. Ce qui ajoutait à mon art une  nouvelle phase que j'avais baptisé: " traitïsme post-naïf ",(ma troisième phase). Ma conception était toujours la même; je peignais mes tableaux normalement dans un style naïf ou autre sans me soucier du trait.  Avec un pinceau n°4 ou n°6, j’apposais en  obliques  les  traits  de couleurs pures sur des supports variés : de la toile de lin qui est déjà enduite ou sur des planches des allumettes".

 

Est-que le traitïsme-post-naïf se différencie t-il de l’art naïf ?

"C'est toujours de mise au traitïsme-naïf, il y a certes des maladresses dans le dessin pour accentuer ou provoquer un style de peinture post-impressionniste particulier. 

Je vous cite en exemple une toile intitulée : « la basse-cour du vieux Paul, 1999 »* c'est une toile traitïste post-naïve. On y remarque cependant que les traits sont peints en obliques sur la droite. La naïveté du dessin est contrôlée par la composition divisionnisme. Par conséquence cette œuvre n’est pas naïve mais visiblement on peut penser qu’elle est. Il y a  le respect  volontairement par l’artiste. Les trois règles de la perspective occidentale. La taille des objets est proportionnelle à la distance, l'atténuation des couleurs avec la distance est respectée et il n’y a pas de la précision dans les détails contrairement aux peintres naïfs".

 

La basse cour du vieux Paul (2)

La basse cour du vieux Paul avec quadrille

la basse-cour du vieux Paul, 1999 de Paul Clodel

«Je peignais ces scènes locales en respectant la composition divisionnisme étudiée chez Georges Seurat. La conception  était la suivante ; avant de dessiner je divisais la toile en son  milieu sur la longueur et la largeur et je répétais cette opération  jusqu'à obtenir un quadrillage. En suivant  les théories de Seurat, le créateur du pointillisme, j’obtenais le mode de division de couleurs qui détermina la composition. Par analyse des plans dans ces œuvres, on peut par la suite en utilisant les lignes de compositions aligner tous les objets et personnages que comptent la scène. Dans « la basse-cour du vieux Paul », les poulaillers sont positionnés d’une façon à ce que tout suit les lignes horizontales et verticales. Cette composition divisionnisme reste cependant invisible dans ma peinture. C’est seulement lorsqu’on quadrille en superposition l’œuvre qu’on devine sa présence". 

Alors pourquoi parler de « naïf » dans vos œuvres ?

 "On peut penser qu’il y a de la naïveté dans le style du dessin de mes peintures. J’ai été formé par un grand maître d’Art Naïf Moderne, André Oudet (1942-1999).

 

Qui est André Oudet ? 

« Comme tous les grands peintres, André Oudet  peintre Comtois a forgé son style, ce dernier qui n’appartient qu’à lui. Il peint les hommes, les paysans, les ouvriers, les artisans à la fois au travail ou dans leurs luttes, mais aussi dans l’intimité du foyer familial. Sa composition et son travail sur les couleurs font surgir avec une force particulière la beauté d‘un geste ancestral en même temps que celle d’un visage de femme ou d’ un enfant .Il reste en ceux qui l’on courtisé tous les jours et comme moi pendant deux années au lycée de Saint-Pierre, Réunion (1983/84), en session de dessinateur publicité, un grand peintre.

D'André je rends un hommage posthume : en rajoutant le i tréma à mon traitïsme en pensant au mot naïf. Ceci fait de ma peinture une signature. Aussi le  « ï » du mot traitïsme est là pour le rappeler.

Par conclusion le traitïsme post-naïf casse les lois de l’art naïf et apporte une restructuration au mouvement en elle-même. Je conclure que le traitïsme est un style pictural qui peut se retrouver dans tous les autres styles de peintures. 

Ce qui m’évoque à savoir : qu’est-ce qu’un style en peinture ?   

"C'est un peu compliqué mais selon Céline Flécheux, cours master : Le style 2008: "Contrairement à la littérature ou à l’architecture, le style n’est pas à proprement parler un problème en  peinture ou dans les arts visuels.  Il n’y a pas de cours de stylistique des arts visuels dans les parcours d’histoire de l’art, ni d’exercice sur l’identification des différents styles. Voilà qui est surprenant de la part de l’histoire de l’art, discipline qui se fonde précisément son « historicisation » sur la notion de style, en vue de déterminer des époques (classique, baroque, romantique, naïf…) et d’identifier des artistes (certains sont capables de reconnaître des artistes uniquement par leur style quand manque la signature, tel l’expert-historien de l’art Bernard Berenson, 1865-1959)

Proust disait  : "le style n’est pas une question de technique, mais de vision".

Coté expo:  parlez nous de vos expositions traitïstes ? 

"Je vais vous parler de mon voyage en métropole et ma première exposition collective métropolitaine à Rillieux- la-Pape, Lyon en 1996 :

  J’avais eu l’occasion au mois de mai 1996, d’exposer en métropole, à Lyon plus exactement, à la suite d’une invitation de l’U.D.A.R, mon ancienne association de peinture. J’étais l’accompagnateur des travaux d’artistes réunionnais et je devais, pendant quinze jours, les représentés. L’exposition intitulée : « le 4e salon des Rilliards » était à l’espace Baudelaire à Rillieux-la-Pape.  

       Cette exposition avait rencontré un certain succès et avait été surtout l’occasion de faire connaître le mouvement « traitïste » (encore certes solitaire), et de le relier à son auteur, Paul Clodel Cochard. En effet mon nom fut cité à maintes reprise dans les journaux locaux; mais, à ma grande déception aucun commentaire n’étaient fait sur mon travail. La presse qualifiait nos peintures Réunionnaises de qualités et de grandes variétés artistiques. Il fallait souligner que sur 140 œuvres exposées, les allumettes ou le traitïsme ne faisaient pas feu. Il y avait cent cinquante personnes lors de ce vernissage, et on se marchait dessus pour pouvoir atteindre la collation. Je pense parfois que certaines personnes dans cette salle ne sont pas venues uniquement que pour l'art. J’ajouterai qu’il est décevant chez un artiste de ne pas être remarqué du public. Je dirai pour conclure que l’important c’était d’exposer à un endroit autre que son île(Rillieux- la-Pape, Lyon).

 A mon retour à La Réunion, je me suis promis en 1997, d’y retourner afin de monter une exposition personnelle. Étant donné notre position dans l’Océan Indien, les artistes Réunionnais doivent obligatoirement passer par la France pour se faire connaître".

Avez-vous réalisé ce projet ?

Photos peintures P

"Aussitôt dit aussitôt fait ; au début de janvier 1997, j’étais de nouveau en métropole, non pas pour exposer, mais plutôt pour des vacances chez mon oncle, dans le but de trouver individuellement un lieu d’expo. Après quinze jours passés à Montluçon, sous une neige qui ne s’arrêtait pas, je me sentais désespéré et nostalgique. J’avais envie de rentrer chez moi à la Réunion pour me faire bercer dans les bras chauds de mon île.

 

 A l’arrivée des beaux jours l’oncle Jean-Pierre Dijoux me firent connaître la ville de Montluçon; c’était ma première sortie après  la fin de la  neige, et  cela me fit énormément plaisir. Nous marchions le long des rues quand soudain, à hauteur d’une librairie, je m’arrêtai pour lire une affichette. Cette dernière annonçait une exposition qui se déroulait à l’intérieur du magasin. Nous y entrâmes et il y avait  effectivement une exposition d’œuvres d’artistes de Montluçon.  Qu’elle joie pour moi qui en cherchais désespérément une expo. D’ailleurs elle était à mes goûts et je l’appréciais avec l’envie de croire à la mienne un jour ou l’autre. En me renseignant auprès du directeur de la librairie, (puisqu’il s’agit d’une librairie au rez-de-chaussée et l’expo se trouve en haut des mezzanines, dont le nom de la galerie « Mezz’Art 41 »). J’apprenais par la suite que ces artistes-peintres appartenaient à une jeune association dont le nom : « Pole Art ».

 

 J’avais de même pris des renseignements sur son  Président et sa rencontre m’encouragea, puisqu’il me promettait une éventuelle possibilité d’exposer en 1998, à Mezz’Art  41. Cette nouvelle me remplissait de joie et me donnait enfin du baume au cœur et l’espoir de retrouver cette ville l’année suivante.

 Photos peintures P

Coupure du journal de Lyon et du Rhône " LE PROGRES" Vendredi 10 mai 1996 (page 11).

Quels sont vos expositions traitïstes à la Réunion ?

"De retour dans mon île natale La Réunion, j’ai reçu une invitation pour organiser une exposition dans la cité bénédictine à l’Office Culturel Bénédictine (O.C.B) à Saint-Benoît qui m’offrait ainsi, l’occasion de leur faire connaître ce nouveau mouvement le traitïsme.

 

Le quotidien de la Réunion par M. L décrit cette exposition :

 

«  L’artiste joue avec les allumettes (ci-dessous l'article),

 

Des couleurs de la vie réunionnaise comme on les a rarement vues, c’est ce que propose l’artiste-peintre Paul Clodel. Il expose dans un style particulier, le traitïsme dont il revendique la création. Son matériau de prédilection : des allumettes ».

 

       J’ai présenté à la population de Saint-Benoît mes dernières œuvres dont une quinzaine que j’ai gardé mon matériel de prédilection que sont les allumettes. Je suis un avant-gardiste. (Pour rappel), « la technique avec les bois d’allumettes donne du relief à l’œuvre. Estimant que le traitïsme sur le lin ne donne pas suffisamment de relief j’opte pour ses fameuses bûchettes de pins qu’est l’allumette. Ma série de tableaux représentant des scènes de danse de maloya autour du feu dont les couleurs chaudes qui sont utilisées et qui dégagent une convivialité assez réaliste, m’ont fallu plus de vingt milles bois d’allumettes ».

 Vous continuez de peindre sur des allumettes ?

Réf 205 Point d'intérrogation

  Le chat et le bananier< Point d'intérrogation, toile du traitïsme post-naïf, de Paul Clodel Cochard, première version en 1992 et traitïsme en 2000, 10 P. (Col.privée) 

<  Le chat et le bananier, toile du traitïsme post-naïf, de Paul Clodel Cochard, première version en 1990 et traitïsme en 1997, 12 P.(Col.privée) 

" Non pas vraiment, dans cette exposition, le public pouvait découvrir une pléiade de couleur néo-impressionnisme et aussi, mes recherches sur l’art. Les études que je présentais aux visiteurs, montraient cette possibilité de somptueux mélange de styles. Je citerai par exemple une œuvre : ‘ Point d'interrogation*, à travers laquelle j’avais pu démontrer la possibilité de marier l'art naïf et d’y ajouter en peignant en couleur seulement la mère et le reste tout en gris. D’ailleurs cette maman semble vouloir réfléchir. A qui ? A quoi ?  Peut-être bien qu’elle pense à ses nombreux enfants, ou à son destin !!!  Dans  ce tableau, on peut apercevoir en font des enfants. De même l’atmosphère grise et bleutée dégagée dans cette peinture nous rappelle la technique du surréalisme.

 

Cependant avant de satisfaire votre curiosité, laissez moi vous donnez un autre exemple de mes peintures qui est similaire au Point d'interrogation; c’est le chat et le bananier  la technique du noir et  blanc se répète. Ce qui crée un style sans en être un ! Si nous voyons de nos yeux la régime de banane (en couleur verte et rouge griotte), la perception des chats et même des daltoniens sont différentes des nôtres : ils ont leurs problèmes des couleurs, avec la confusion des rouges et  des  verts. Je trouve dans cette toile a un sens de surréalisme, par l'apport du fond grisant. C'est pour cela que j'ai baptisé cette série de traitïsme-surréalisme". 

Vous vous recherchez encore en peinture ?

Le petit marchand de legumeLe pont japonnais< Le p'tit marchand de légumes et " Le pont japonais" toiles traitïstes-géométrique de Paul Clodel année 1999.

Je que oui car je suis avant tout un chercheur de phases picturales. Ma 3ème Phase de création est "Le traitïsme-géométrique"  et je vous doit une explication :

 

Lorsque que j’ai commencé l’exposition du 07 au 15 juin 1997 avec Marius Sinama* à la salle « Charles  Beaudemoulin » au Tampon-Réunion, je ne pensais pas que j’allais donner naissance à « un mouvement pays »; l’idée de faire une peinture de traits de couleurs a donné le traitïsme . Est-ce un style ou plutôt une technique artistique ?

 

Si ma technique artistique épouse tous les mouvements  existant à l’exception du pointillisme. J’ai répondu à ma question, c’est une technique artistique. Il reste que ma signature est le trait coloré qui unifie le support. 

 

Le «traitïsme géométrique» n’avait pas eu d’amateurs mais sa composition est intéressent. D’une part elle prouve bien que ma technique traitïste épouse bien les différents mouvements et d’autre part elle aborde la voie de l’abstraction. Dans le tableau intitulé « le rameur**» œuvre peinte de façon traitïste géométrique, je tends à rendre la nature à la mathématique. Pour ce fait; je simplifie  les  formes de la nature en: des cubes, des ronds, des triangles et des losanges. J’utilise la composition divisionniste chère à Georges Seurat et je la transforme à ma façon afin d’accentuer mon travail.

 

*Marius Sinama Pongole (père de Florian Sinama Pongole le footballeur) artiste-peintre Réunionnais de Saint-Louis

 

**Ici il n'y a que des formes géométriques mais elles sont variées par leur forme et leur taille. Elles ne sont pas séparées mais se mélangent par superposition. Ceci permet de suggérer un espace en profondeur composé de plans successifs. Les valeurs et les couleurs sont variés. On a à la fois de l'unité et de la diversité ou variété. Tout ceci apporte un intérêt à la peinture traitïste. Remarquer que la composition divisionniste est mise en avant par le jeu de quadrillage. Certes il y a là, une composition organisée.

 

Cette nouvelle phase de création peut se résumer par la simplification des formes. Pour moi tous les corps sont modulables, de même pour la nature. C’est souvent en hiver qu’on retrouve des arbres qui n’ont pas tous perdus leurs feuilles et qui ressemblent par leur silhouette à des ronds. Les troncs sont simplifiés par des rectangles. Les montagnes, la voile du bateau et le toit du kiosque sont transformés en triangle.

Naissance d’un mouvement Réunionnais !

Qui était à l'origine du mouvement traitïste Réunionnais ? 

Je suis à l'origine d'associer des artistes qui me suivaient dans le trait en mouvement tout simplement: 

« La pratique de l’Art est d’autant plus intéressante si elle se double d’une solidarité active. Cette solidarité, d’autres peintres de renommée internationale ont réussi à la  vivre  avant  vous, et je pense que vous vous inscrivez naturellement dans cette continuité. Ce qui est vrai pour l’art pictural l’est aussi pour la musique, la littérature. Bravo pour votre enthousiasme, en  espérant que d’autres artistes rejoindront bientôt le courant réunionnais du traitïsme. Que vos expositions, tant à la Réunion, dans la région de l’Océan indien, qu’en France, soient autant de succès auprès du grand public ». Jean-François Samlong, 1998.

Cette affirmation de l’écrivain réunionnais, Jean-François Samlong, citée à propos du mouvement traitïsme Réunion synthétise avec affinité le caractère innovateur de son père fondateur Paul Clodel Cochard. Ce dernier, artiste peintre, a causé la première école de l’Île de La Réunion.

Naissance d’un mouvement Réunionnais : 

 L' idée que j’ai peaufinée de créer un mouvement réunionnais, semble trois ans après avoir porter ses fruits. Lors de cette expo à Beaudemoulin, au Tampon, J’ai vendu plusieurs toiles aux traits, et d’ailleurs je ne pourrais peindre autrement. J’étais assez satisfait de ce résultat qui démontra que les réunionnais étaient aussi des collectionneurs d’images relatant nôtre île. Ce qui avaient plus attirés mon publique c’étaient les scènes figuratives et réalistes. 

Racontez nous le début du mouvement traitïste et qui ont été ses acteurs artistiques ?

Pour en revenir sur ce mouvement Traitïsme RéunionnaisMarius. Sinama qui exposait avec moi à la salle Charles Beaudemoulin au Tampon. Ne s’inscrivant pas dans cette  exposition comme  un véritable artiste traitïste,  Marius Sinama, s’inspirait plutôt des œuvres du lithographe Antoine Louis Roussin *. Ce dernier nous a laissé un certain nombre d’images sur La Réunion. Sinama s’inspira de ces clichés et en utilisant l’encre de chine les couchent sur papier Canson, de ce résultat, il constituait sa reproduction personnelle.

 

 Je faisais par la suite la rencontre de deux autres artistes-peintres par le biais d’une exposition sur le terre-plein de la  mairie de Saint-Louis. Ils s’agissent de Claude Bègue et de Tristan Hoarau. Tous les deux me questionnaient sur le traitïsme, et je me souvenais d’avoir écrit ce nom au dos de mes toiles ou dans le certificat d’originalité et d’authenticité. Mais ce qui ne pouvait pas être cachés c’étaient les traits sur les tableaux, si on reprend les thermes de Céline Flécheux, (certains sont capables de reconnaître des artistes uniquement par leur style quand manque la signature, tel l’expert-historien).

 

 Claude Bègue, Tristan Hoarau et Marius Sinama tombaient d’accord pour s’essayer à ce « mouvement pays » et pourquoi-pas être un co-fondateur de ce mouvement qu’est le traitïsme, disent-ils ?

 

"J’étais prêt à partager avec eux ce mouvement à la condition que leur travail aurait le résultat escompté" !  

 

*Je me suis investie et je me suis inspiré dans le travail d'Antoine Louis Roussin , ce dernier est l'auteur de Souvenirs de l’île Bourbon puis d'un Album de La Réunion dans lequel intervinrent plusieurs grands auteurs de la littérature réunionnaise tels que Louis Héry (Extrait de Wkipédia que je vous propose de lire la biographie d'Antoine Louis Roussin).

 

 

 

"Site de la Rivière d'Abord" gouage de Paul Clodel,(~1990) inspirée de la lithographie d'Antoine Louis Roussin

Le pont de la Grande Ravine de Saint-Leu, toile impressionnisme de Paul Clodel,(2010) inspirée de la lithographie d'Antoine Louis Roussin

Le pont de la Petite Ravine, toile impressionnisme de Paul Clodel,(2010) inspirée de la lithographie d'Antoine Louis Roussin  

Les toiles ci-dessus ne sont pas des toiles tratïstes..... 

Avez-vous penser qu'à cette époque que ce mouvement portera ses fruits ?  

J’ai voulu savoir, si au bout de dix passages de traits de couleurs sur la toile et sur plusieurs tableaux existants (peinte dans une technique différente que le traitïsme ), si moi même, je serai un peintre traitïste. Il faut croire au traitïsme et les futurs adeptes du mouvement traitïsme de la Réunion l'ont partiellement crus ! 

C’est vrai qu’au bout d’un certain nombre d’apport de traits sur une même surface, on s’arrête ou on poursuit dans cette voie. Claude Bègue reprend donc ses toiles et le repeint aux traits par-dessus. Souvent et je l’avoue c’est le procédé à faire car imaginer le travail demander pour effectuer une œuvre si je procède par le l’apport du trait directement. Georges Seurat (1859-1891) en fit de même pour ses nombreuses toiles pointillistes. Il est à noter qu’une seule de mes toiles est peinte entièrement aux traits, c’est « les deux musiciens ». Ce dernier m’a demandé, souvenez-vous, d'un travail sur la matière (l’allumette). En peignant la toile directement de façon traditionnelle d’une part, c’est un gain considérable pour la mise en place du tableau et d’autre part, je peux apporter l’épaisseur de la croute de peinture comme je veux, et qui remplacera les allumettes. J’ai conseillé Claude de le faire et il s’en réjouit par l’idée innovatrice du traitïsme

Tristan Hoarau, en me proposa une innovation très intéressante dans le mouvement du traitïsme en peignant des traits dans la peinture fraîche à l’aide du tranchant de son couteau. Ce procéder n’est pas à rejeter car elle facilite le mode de création. Il m’expliqua et je voyais son procéder de technique pictural. Il peint sur la toile sa scène ou son paysage avec son matériel de prédilection le couteau du peintre. Puis avant que la peinture sèche et à l’aide du tranchant du couteau il strie jusqu’à parvenir à des formes de trait en couleur.

Sinama quant à lui me présenta son œuvre, je restais un peu sceptique car bien qu’il utilisait des traits dans sa  peinture il me semblait que ces tableaux peints à l’encre de Chine se rapprochaient plus du pointillisme que du traitïsme. Je fus très dubitatif quant à la suite à donner à sa participation au mouvement traitïste. Il a cependant participé à l’exposition faite en 1997; néanmoins je leur avais fait la promesse de les exposer en 1998, à la seule condition de me produire une douzaine d’œuvres plus ou moins traitïstes …

Ce qui me ravissait, c’était d’être compris des autres artiste-peintres réunionnais. J’avais l’impression maintenant de croire à un début de ‘ mouvement pays’.  Le premier du genre dans mon île, enfin je pense… J’imagine qu’avec des artistes de différents coins de la Réunion et qui ont des talents qui ne sont plus à démontrer, ce rêve pourra se réaliser ?

Les premières oeuvres des nouveaux adeptes du mouvement pictural traitïste de la Réunion:

    

Paul Clodel Cochard, le père fondateur du mouvement pictural traitïste, Le Tampon  Claude Bègue ^

      

Saint-Louis: Marius Sinama                                        Saint-Denis : Tristan Hoarau

 Coupure du Quotidien du 11-06-1997, page 27, n°6323.

 

                                                                La France découvre le traitïsme   

Gallerie Mezz’Art 41, Montluçon

 La France découvre le traitïsme 

Expliquez nous tout en détail cette deuxième exposition en France mais pourquoi est la première en solo ?

                                              

Le fait d'exposer seul et non avec les autres répond par une invitation de l'Ass. Mezz'Art 41 en janvier 1997.

Le départ vers la métropole tant attendu était enfin arrivé. Le temps pour moi de rassembler tous mes bagages et surtout de ne pas oublier mes tableaux de  supports d’allumettes qui ont voyagé avec moi. J’en ai mis qu’une huitaine dans ma valise  et j’ai du expédier les autres par colis chez mon oncle, Jean-Pierre Dijoux, à Montluçon. J’avais comme accompagnateur mon cousin Ludo Bègue. Nous avions pris l’avion le samedi 27 décembre 1997. Il me restait donc peu de temps pour préparer l’exposition de la ville de Montluçon. Heureusement que j’avais l’aide de Ludo, car si nous étions toujours en fêtes nous devions préparer cette expo. Je travaillais tous les jours pour pouvoir assembler les cadres de bois peints de couleur dorée que j’avais fabriqués pour cette occasion. Je voulais obtenir une bonne présentation. Ensuite nous devions Ludo et moi déposer les affiches dans la ville de Montluçon et aussi dans les boites aux lettres.

Le samedi 03 janvier 1998, jour de l’exposition. Elle commença très tôt avec les derniers préparatifs pour le vernissage* du soir. Le matin j’accrochais encore mes peintures. Je suis un maniaque des choses bien faites. J’attache beaucoup d’importance à ce que les objets soient à leur place.  Si par exemple je ne suis pas satisfait, j’aurai l’impression de ne pas être à la hauteur. Cette après midi j’ai emmené le punch et le reste des boissons, avec moi à la galerie, pour être sûr de ne pas les oublier. De même j’avais trouvé les jus un peu juste, aussi j’en rachetais d’autres; qui sait s’il aura du monde !!!

*Le mot vernissage signifie ouverture d’une exposition de tableaux et présentation de la nouvelle collection d’un artiste peintre à son public.

A l’origine le mot vernissage remonte au XIXème siècle, les artistes peintres, de l’époque, avant d’exposer leurs œuvres dans un endroit comme une galerie, vernissaient une dernière fois leurs toiles avant le grand Public. Cette tradition permettait de donner de l’éclat maximal avec du vernis sur l’ensemble de leurs tableaux. L’artiste peintre, TURNER, Joseph Mallord William, avait pris l’habitude de terminer ses toiles après les avoir accrochés pour le vernissage.

Tout comme Turner, je pratique cette opération qui me permet de nettoyer et ainsi de photographier en attendant les visiteurs lors d’une exposition…

Bref, revenons à notre vernissage à la galerie Mezz’Art 41 en plein ville de Montluçon à cent mettre de la gare.                                           

Vers les 18 heures arrivaient les premiers invités, Mr le président de l’association «PÔLE ART» avec son épouse. Puis arrivèrent une trentaine de personnes, ce qui me rassurait. Je prenais la parole pour les remercier de leurs présences.  De même je fus surpris par la présence d’un journaliste et  qui de plus me questionnait, sur mon courant artistique le traitïsme,  mais aussi sur les supports d’allumettes. Il me questionna aussi sur l’authenticité de mon nom : Paul Clodel. Suis-je de la famille de l’écrivain Paul Claudel (1868-1955)  poète et diplomate français? Je lui ai répondu bien sûr que non.  J’aurai préféré être aussi célèbre, mais ce n’est pas le cas.  Je lui ai expliqué que Paul Clodel sont mes prénoms et  je suis fier de me nommer Cochard. Paul Clodel restera mon nom d’artiste. D’ailleurs en parlant des allumettes,  je lui a révélé l’histoire du prénom ‘Clodel’ que ma mère avait lu à ma naissance sur une marque d’allumette…

 Demain dans le journal «La MONTAGNE» sortira l’article. La vente de quatre de mes œuvres se confirmait et j’étais très satisfait de cette exposition dans son ensemble. Le lendemain à la première heure j’achetais le journal.  Ces articles compléteront les autres articles  de  la  métropole. Je  finirai cette exposition en résumant ces  articles  mots  pour  mots :

    Le journal « La Montagne » du samedi 03 / 01/ 1998, titre :

 « Le traitïsme s’expose à Mezz’art.

   Après l’impressionnisme et le pointillisme, Paul Clodel invente le traitïsme . Un nouveau style à découvrir à la galerie  Mezz’art 41, jusqu’au samedi 17 janvier ». 

      L’article référence mes origines, le Tampon et la Réunion et l’origine du mot‘ traitïsme ‘. Ce dernier cite le journal, se rapproche du pointillisme de Georges Seurat.

       La MONTAGNE : «  Le mot traitïsme, tout d’abord est un clin d’œil du jeune peintre à l’art naïf dont il ravit le ï.

   C’est l’hommage au pointillisme de Georges Seurat  dont s’est inspiré l’artiste, dessinateur publicitaire, de formation mais peintre amateur depuis son adolescence. Le ‘ traitïsme’ est enfin un produit d’une technique particulière que Clodel a mis au point en jouant avec des allumettes. A un tournant de son art, le peintre a, en effet, eu l’idée, « pour donner plus de matière et de mouvement  à un trait plat  », de décliner à l’huile, ses sujets, des scènes de la vie réunionnaise principalement, sur fond d’allumettes collées sur des plaques de contre plaqué. On parle d’indolente douceur, d’un mouvement oblique qui revient à l’infini en imprimant une matière chaude et lumineuse aux êtres et aux choses immortalisées ». On parle de même de la géométrisation des formes et de la composition des toiles. Pour en finir sur mes prénoms (Paul  Clodel) qui n’ont pas de familiarité à l’écrivain, mais plutôt la découverte par ma mère de  Clodel sur une boite d’allumettes le jour de ma naissance le vingt avril 1967. Clodel, est le nom d’un fabriquant d’allumettes de l’époque.

      En attendant que l’exposition se terminait, mon oncle Jean-Pierre et moi, nous nous rendions à Vichy. Je trouvais alors une galerie d’expos pour les mois de mai et de juin 1998. Cet endroit situé à l’avenue Aristide Briand était donc la  Galerie d’Orient. Le 22 janvier je quittais la métropole, je gardais donc d’excellents souvenirs de ce voyage.  Mon oncle devait s’occuper de déposer et ramener les toiles à Vichy.

     J’avais exposé ailleurs que dans mon île natale. Pourtant je me sentais plus Réunionnais en France qu’ici. Lors de ce voyage en métropole je me suis fait la réflexion suivante  les artistes n’ont pas leur place dans l’Art à  la Réunion, ou du moins leur notoriété ne sera reconnu qu’après leur mort. Nous sommes mieux reconnus en France, ou en Europe qu’ici. La Réunion est jeune et peut-être novice dans ce domaine artistique. Les réunionnais sont sensibles tout de même aux belles choses; sans pour cela avoir le désir de s’en procurer. L’artiste créole le ressent, mais doit continuer sa recherche sur l’Art. Il nous faut des années, voir même un siècle pour qu’un d’entre nous remplacera un « Antoine Louis Roussin ou un maître »…

      Pour ma part je m’étais promis de retourner un jour en France. Certes,  j’avais de l’ambition mais encore fallait-il avoir les moyens de les réaliser ? Combien me coûterait un tel voyage? Qui pourrait si ce n’était mes propres économies d’ouvrier d’entretien et d’accueil ?

Ces questions me hantaient souvent. Je sais qu’exposer ailleurs qu’ici est du domaine de l’impossible. Il me restait qu’une exposition à faire à Vichy, prévu en mai et juin de cette année 1998. Mon oncle Jean-Pierre, à qui j’ai confié vingt deux tableaux, m’a confirmé par téléphone, que l’expo avait bien  lieu. Il restait à savoir si les habitués de la Galerie d’Orient, qui viennent pour des tapis, trouveront bon compte à se procurer une toile «traitïste». Il est vrai que la vente m’intéressait moins que les articles de journaux, et  notamment celui que je n’ai pas pu avoir de la  « Montagne » qui était paru un dimanche et que ni mon oncle Jean-Pierre, ni les propriétaires de la boutique n’avaient pu garder : les articles sur le traitïsme. 

      Vers la fin juin la galerie m’apprenait qu’elle avait vendu un seul tableau et m’expédia le chèque par la poste. Mon  oncle s’occupa du retour chez lui à Montluçon et ce fut pour  moi la fin de mes expositions sur la  métropole du moins pour cette année 1998.

 

Article du journal "La Montagne"

 

Articles de divers journaux de Montluçon

 

Articles de divers journaux de Montluçon

 

 

4ème Phase de création

Le traitïsme-cubique-sensoriel :

       J’avais enfin pu me défaire de ce fameux support traitilliste, à savoir les allumettes. Ces derniers me prenaient trop de temps à la réalisation et diminuaient ma progression artistique. Désormais je suis revenu à la toile traditionnelle de lin enduite et je rajoutais une surcouche de peintures à l’huile. Cette dernière ne peut ressembler aux «couches Impressionnisme » ces  empattements si combien nécessaires, par sa rapidité et sa variété, remplaceront mes bûchettes de pin qui seront utilisées plus tard, pour utilisées par la suite,d’autres recherches artistiques…

      Ils pourraient par exemple être employés pour «l’abs-traitïsme». Je préférais utiliser les toiles de lin traditionnels en travaillant beaucoup plus sa matière. Dans le «traitïsme-cubique-sensoriel », dernière phase en cour sur mes recherches artistiques (ma vie ressemble à un laboratoire de forme), j’ai du étudier pour sa réalisation, les techniques et styles employés par les maîtres de la peinture suivants : Georges Seurat (1859-1891)Paul CézannePablo Picasso et Georges de La Tour (sur Wikimedia). Pour commencer je découvre chez Seurat son fameuxdivisionnisme qui m’impressionnait au point de l’utiliser. Je me laissais emporter par son enseignement de décomposer la couleur. Si le point de Seurat m’inspira le trait, ses décompositions m’inspirèrent la géométrisation des formes. Mais cela ne me suffisait pas, car de tempérament plutôt curieux pour l’Art en général, j’étudiais tout les travaux de Paul Cézanne *. J’avais appris de lui beaucoup de chose comme sa méthode de composition par exemple. Il se révélait que cette découverte artistique, en appliquant cette méthode représentait un but d’Art moderne. Dans La Montagne Sainte-Victoire vue de Bellevue (Metropolitan Museum), un tableau du maître on pouvait constater la présence de lignes de décompositions. Pablo Picasso voyait en Paul Cézanne un conseiller ayant une composition qui se rapproche des formes cubiques. De même, Picasso en fait son style et donnera lecubisme. Il s’inspirait de la composition de Cézanne, pour accentuer les lignes invisibles d’une œuvre. Il était bien dommage que les artistes modernes ne se consacrent pas plus à la recherche artistique des maîtres d’hier. Je pense qu’en les étudiant de plus prés, nous apprenons beaucoup plus. Ces  maîtres  picturaux nous ont laissé de véritables études, qui pourront pour l’avenir être indispensables à nos besoins. Quant à moi, j’ai pu tirer la leçon d’un mariage de genres, avec le « traitïsme – cubique - sensoriel ».  Il ne suffit pas seulement d’inventer des mots pour faire vivre cetraitïsme et encore moins, faut-il qu’il soit reconnu comme une technique picturale et non un style de peinture ? La technique permet d’approfondir la recherche artistique et le style à la tendance d’approfondir l’artiste (le style de l’artiste).

Ce qui importait pour le moment c’était l’utilisation de la composition de Seurat et la matière de Cézanne. Il fallait conserver les empilements des petits carrés qui formaient la division du format. Pour moi le format d’un tableau avait sa conséquence artistique. De ce fait, je décidais que le sujet de la toile ne devait pas être simplement un extrait d’une scène que le peintre  réalisait  sans mettre une barrière à son œuvre.

*Paul Cézanne style moderne et technique était avant-gardiste et donc mal compris depuis de nombreuses années. Même ces amis, artistes révolutionnaires de son époque, les impressionnistes, étaient dédaigneux de style progressif de Cézanne et de sa méthode. Après la première exposition impressionniste, Il n’était pas compris des spectateurs et se vu rejeté par ses travaux scientifique sur sa peinture.  Sa composition est controversée selon l’époque. Cézanne travaillait avec des couches épaisses de peinture. Bien qu'il ait été étroitement avec l’impressionniste Camille Pissarro (1830–1903), ce dernier, est influencé par sa technique. Hormis qu’il utilise des scènes en plein air dans sa peinture Cézanne n'était pas un impressionniste. Il était un artiste très moderne qui ne rentre pas dans une catégorie quelconque de style de peinture. Sa théorie picturale a été un précurseur pour les mouvements : fauvisme et lecubisme. Maintenant Cézanne par ses idées modernes de l’art devient pour le traitïsme l’icône incontournable. 

      Dans l’art naïf, le peintre décidait de façon libre de disposer sur le support sans le souci de composition  dans sa peinture.

 Je partageais cet avis avant l’étude des grands maîtres tel que : George Seurat, Paul Cézanne et Pablo Picasso. Je me laissais convaincre à l’idée qu’une toile ayant à sa base une «bonne composition» est une toile dont l’œuvre est riche et elle est intéressante pour l’Art.

Je considérais le format d’un tableau vierge, avec sa belle surface toute blanche. En mathématique, ce dernier pouvait se symboliser en un rectangle (selon le format classique, sinon à un carré, losange ou triangle si les formats sont fantaisistes). Cette figure rectangulaire,  composée de quatre angles droits dont les côtés sont égaux, je  nommes des points : A,B,C,D. Ces derniers constituent le format de la toile (4 F, 4 P ou 4 M par exemple), l’espace est vide et pour le remplir il suffit de placer d’autres points au centre des pointsA et BA et CB et D et C et D. Ayant les points du milieu (E, F,G,H)  il faut tracer des lignes en longueur et en hauteur. En divisant par deux l’horizontal et la verticale on obtenait plusieurs petits rectangles. On pouvait de même continuer à tracer les milieux de ses points ‘E, F, G, H’(voir traitïsme schéma l'hommage à SEURAT de Paul Clodel ) et ainsi parler de mode de division à l’intérieur d’une  figure. Le dessin était tracé sur les lignes de compositions tout en respectant le format de la toile. Je devenais donc dépendant du format à tel point que le dessin épousait les formes qui se rapprochent de Pablo Picasso, c’est à dire, le cubisme. Mais dans le « traitïsme - cubique - sensoriel » il y avait la notion de la sensation que seul le jeu d’ombre et de lumière chère à  De La  Tour peut me procurer. Je notais donc que ma peinture était l’union de styles très différents, et  qui  prend vie grâce  aux traits ; de ce mariage sont nés les œuvres suivantes : « Croque ma pommela liseuse de Clodel*, le portrait de Cézanne*,  le portrait de Picasso*les joueurs de cartes* et les demoiselles de la Réunion* ».

         « Dans le traitïsme-cubique- sensoriel on peut retrouver trois éléments : le trait, le cubisme et la sensation. Ces derniers, constituaient une réunion de genres différents sur une même toile afin de créer un style de peinture. Si le trait reste la clé du mouvement, elle détermine alors la force de l’union des divers styles employés jusqu’ici pour créer cette nouvelle phase artistique. Je continue par peindre la toile normalement puis je pose les traits à l’aide d’un petit pinceau de  façon obliques tout en gardant  le même sens. A la différence du cubisme dans ma nouvelle phase c’est la suppression des contours des personnages par des traits entrecroisés ou hachurés. J’obtiens là un résultat qui se rapproche du traitïsme et reste tout de même impressionniste. Ce qui caractérise  « le traitïsme - cubique - sensoriel » c’est aussi ce jeu d’ombre et de lumière. Ces effets de luminosités apportent la sensation de douceur et immergent mes personnages de lumière. Si j’opte pour leclair-obscur c’est qu’avec l’étude faite du travail de Georges de La Tour  Saint Joseph charpentier, 1643, musée du Louvre, Paris, je peux réunir plus de cinq cents ans d’histoires picturales en  utilisant ma façon de peindre aux traits »…

      Mais ce n’était pas là l’unique raison de mes recherches. Ce qui m’avait poussé à employer le contraste d’ombres et de lumière, c’est ce côté ténébreux qui enferme un corps ou un sujet dans une pièce totalement obscure. Ce qui d’ailleurs le met en valeur par l’éclairage d’objets lumineux comme exemple je cite une bougie, un chandelier, ou un simple feu. Ces effets donnent à mes toiles une plus grande sensation. C’est pour cela que j’ai employé le mot sensoriel.

      

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Nature morte et portraits, toiles traitïstes Cubique Sensoriel de Paul Clodel Cochard,